Les usages de l’art

Œil en faim


Le programme des Nouveaux Commanditaires, développé depuis 1991 par la Fondation de France, permet à des citoyens, face à des questions de société, de passer une commande à des artistes. Ces derniers sont, d’une certaine manière, invités à y répondre. Au cœur de ce dispositif, un médiateur agréé par la Fondation de France sert d’interface entre les commanditaires et l’artiste. Tous sont réunis autour d’une volonté de rapprocher la société des artistes en donnant une valeur d’usage à l’art. Depuis 1998, Pierre Marsaa, avec l’association Point de fuite, occupe le rôle de médiateur pour les actions Nouveaux Commanditaires menées en Aquitaine. Rencontre avec l’équipe de Point de fuite.

par Marc Camille


Le 22 juin prochain, Point de fuite présente une œuvre d’Emmelene Landon à l’occasion des Escales marines à Bayonne. Quelle est la nature de ce projet ?

Il s’agit d’une commande née à partir d’une demande d’habitants de Bayonne et d’Anglet qui souhaitaient faire connaître le territoire particulier du port de Bayonne. L’artiste Emmelene Landon, native d’Australie, fascinée par le voyage, le transport, l’ailleurs, le monde de la mer et des marins, a répondu à la demande. Pendant des semaines, elle a arpenté le port, rencontré les principaux acteurs, les membres du Seamen’s Club, les marins de différentes nationalités en escale. L’œuvre comprend au final plusieurs éléments : un livre d’artiste numérique, un parcours le long de l’Adour ponctué par 10 points diffusant des clips sonores à partir d’un système QR sur smartphone, signalés par des affiches et un film.

Parmi les projets que vous avez portés ces dernières années, celui mené avec le réseau Paul-Bert est emblématique, pouvez-vous nous en retracer la genèse ?

Le réseau Paul-Bert est un acteur reconnu en matière de réinsertion sociale des populations précaires. Les membres de ce réseau ont créé il y a quelques années un nouveau lieu d’accueil dans le centre de Bordeaux avec le souhait de l’ouvrir aux riverains et de favoriser la mixité des usagers. Pour donner une dimension symbolique forte à ce nouvel équipement de quartier, les membres du réseau Paul-Bert ont émis le désir qu’un artiste soit intégré très en amont du projet culturel à l’équipe de conception. Sur proposition de Point de fuite, ils ont choisi Claude Lévêque, dont les œuvres portent souvent un regard critique sur des questions sociales ou politiques. L’intervention artistique est visible dès le hall d’accueil, se poursuit dans le bar et la brasserie par un travail sur la lumière, les revêtements des murs et des sols ainsi que sur le mobilier. Au sous-sol, elle continue dans le hammam public, les vestiaires, les salles d’eau, la laverie. 

Vous êtes installés depuis peu dans les locaux de la fabrique Pola, quelles sont vos relations avec les associations et les institutions dédiées à l’art contemporain ? 

Avec ce déménagement, Point de fuite entend donner une visibilité à son action et nouer des contacts privilégiés avec les associations et les institutions du territoire. Une exposition présentant une sélection d’œuvres produites dans le cadre des Nouveaux Commanditaires est en cours d’élaboration. En 2012, nous avons déjà noué une collaboration avec le Rocher de Palmer, à Cenon, qui a accueilli une installation de Sammy Engramer : cette exposition a été le point de départ de rencontres avec des associations curieuses de découvrir le programme Nouveaux Commanditaires, afin d’éventuellement initier à leur tour des commandes d’œuvres. Point de fuite est aussi associé au centre d’art Image/imatge pour accompagner un groupe de commanditaires orthéziens autour d’une commande passée à Delphine Balley, artiste photographe. 

www.pointdefuite.eu